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OTAN - Mission eVA : quand l'Awacs veille sur le front est

17/03/2022

Dans le cadre du renforcement de la posture dissuasive et défensive de l’OTAN en Europe de l’Est, l’armée de l’Air et de l’Espace assure notamment des missions de renseignement grâce à l’Awacs.

Depuis la base aérienne (BA) 702 d’Avord, l'Awacs et son équipage ont embarqués pour près de 10 heures de vol.

À la demande de l’OTAN, les armées françaises réalisent des missions de surveillance et de défense aérienne au profit de pays du flanc est de l’Europe, en particulier l’armée de l’Air et de l’Espace qui conduit des missions à la frontière polonaise. Dans le cadre du dispositif enhanced Vigilance Activities (eVA), plusieurs missions quotidiennes sont assurées selon des tours d’alerte avec sept armées de l’air alliées, dans le but de renforcer la sécurité aux frontières de l’OTAN, près du théâtre de guerre russo-ukrainien. L’avion radar E-3F Awacs contribue pleinement à cette posture de réassurance depuis la base aérienne 702 d’Avord. Ses équipages travaillent en effet à l’appréciation de la situation au profit de la France et de l’OTAN.

Le briefing, instant d'échange crucial pour l'équipage
L'équipage embarquant pour une mission de 10 heures

Le samedi 12 mars, rendez-vous est pris à l’escadron de détection et de contrôle aéroportés (EDCA) pour le briefing d’avant mission. Le lieutenant-colonel Richard est le chef de la mission du jour, il en rappelle les objectifs. « Dans le cadre de la réassurance, nous allons réaliser une mission de surveillance au-dessus de la Pologne », indique-t-il. Une fois les bases posées, c’est au tour du lieutenant Aude, officier renseignement, de s’avancer et de faire un point sur la situation actuelle en fonction des derniers éléments récoltés. Le briefing terminé, les 28 membres d’équipage peuvent embarquer à bord de l’Awacs. 14h50, ce dernier décolle de la piste détrempée et s’envole vers l’Est. Une fois dans les airs et alors que nous nous dirigeons vers la frontière polonaise, nous découvrons un véritable centre de contrôle et de commandement volant. Organisé en travées selon les spécialités, une quinzaine de postes de travail sont disposés. Parmi celles-ci, la travée « surveillance » est commandée par le capitaine Christopher : « Notre but aujourd’hui est de détecter différents aéronefs en air-air sur une zone déterminée. Nous veillons donc à paramétrer parfaitement le radar pour être le plus précis possible. » Les opérateurs de surveillance doivent alors identifier les cibles et caractériser ce qui est détecté. Par ailleurs, l’Awacs est également capable de détecter la menace sol-air. Sur leurs écrans, les opérateurs disposent d’un tchat pour faire remonter les informations à la chaîne de commandement OTAN et à la chaîne française du Centre air de planification et de conduite des opérations (CAPCO) à Lyon. « L’important est d’arriver à gérer les communications et à travailler ensemble, explique le lieutenant-colonel Sébastien, examinateur du chef de mission et commandant de l’EDCA. Nous avons des mécaniciens spécialistes des systèmes qui veillent à ce que tout fonctionne parfaitement. » L’Awacs embarque également des contrôleurs d’interception et de défense aérienne qui peuvent « reprendre le contrôle des objectifs sur le théâtre en cas de défaillance d’un système au sol par exemple ». Beaucoup de spécialités différentes donc, mais un même orchestre jouant la même musique rythmée par le chef de mission. Selon les objectifs, l’équipage embarqué peut être totalement différent. « La standardisation des méthodes de travail est un point crucial pour nous, l’enjeu de l’escadron est d’avoir de très bons opérateurs bien sûr mais surtout un excellent équipage qui ne fait qu’un », livre le lieutenant-colonel Sébastien.

Au total, ce sont 28 membres d'équipages qui contribuent à la détection depuis les airs.

Le trajet se poursuit et nous passons au-dessus de l’Allemagne avant de rejoindre la zone de travail dans l’espace aérien polonais. Sur place, il faut « assurer la sécurité aérienne des différents aéronefs tout en effectuant la surveillance radar et électromagnétique sur des zones d’intérêts ». Au bout de deux heures de vol, nous arrivons finalement sur zone pour travailler avec des aéronefs de l’OTAN : F-15 et F-35 américains, Rafale français, MIG-29 polonais, un A330 Phénix MRTT français et un ravitailleur américain. La première étape consiste à vérifier si les aéronefs sont présents dans leurs zones définies auparavant selon le plan. « Nous comparons notre documentation à la réalité de la situation. Même sur un vol opérationnel comme celui-ci, l’instruction de nos jeunes est importante dans un contexte de réassurance, confie le lieutenant-colonel Sébastien. Il y a une augmentation de la permanence et des moyens militaires mais nous restons dans l’espace aérien de l’OTAN. »

Pilote et copilote aux commandes de l'appareil

Plusieurs heures de travail sur place permettent de consolider les informations. Ce type de mission dure généralement une dizaine d’heures, grâce au ravitaillement en vol. Une manœuvre délicate effectuée de nuit vers 20h15 par l’équipage présent dans le cockpit de l’Awacs avec un ravitailleur américain. Après plusieurs heures dans le ciel, l’Awacs termine sa mission et peut atterrir sur la base aérienne d’Avord aux alentours de 00h00. « Lors de ces missions, nous sommes encore plus attentifs et plus vigilants qu’à l’habitude. Le sentiment d’utilité est décuplé, car nous ne sommes plus à l’entraînement, confie le capitaine Christopher. Nous savons que notre travail est reconnu au niveau de l’OTAN et au niveau national. Notre contribution augmente, nos missions aussi, mais c’est la solidarité qui prime. » Fortement sollicités, les opérateurs de l’EDCA d’Avord réalisent actuellement deux missions par semaine en moyenne contre une par mois en temps normal. « Nous nous préparons à tenir dans la durée et à assurer notre place dans le dispositif de l’OTAN. Ça demande une préparation personnelle mais aussi avec nos familles. Nous sommes fiers de notre engagement », termine l’adjudant-chef Angelo, opérateur communication de l’Awacs. L’heure désormais de rentrer à l’escadron et de retrouver leurs familles avant de préparer une prochaine mission.